Question de regard Homélie 30° dim TO B (25.10.2015)

Dimanche 25 octobre 2015, 30° dim TO B, St Etienne St Henri, Colombes

Question de regard

Que de transformations dans ce récit aussi bien pour la foule que pour Bartimée ! Car tout est une question de regard.

la foule, d'aveugle et adversaire de Bartimée, devient facilitateur avec JésusCommençons par la foule : dans un 1° temps, elle entoure Jésus. En mouvement, elle marche avec lui. Dans un 2° temps, elle fait taire le mendiant assis sur le bord du chemin qui interpelle Jésus. Dans un 3° temps, elle devient relai et transmetteur de l’invitation de Jésus : appelez-le. Elle devient même un facilitateur et lui adresse une parole d’encouragement en ajoutant : Confiance, lève-toi.

Après la foule, vient Bartimée, une des rares miraculés dont les évangélistes aient gardé le nom. Etait-il connu des lecteurs de l’Evangile de Marc ? Dans un 1° temps, l’homme est un aveugle, mendiant, assis au bord du chemin. Dans un 2° temps, il crie deux fois vers Jésus, sans se décourager face au silence que  lui impose la foule la première fois. Il persévère et attire l’attention de Jésus. Dans un 3° temps, à l’invitation de la foule, le fils de Timée vit un triple mouvement : Bartimée se met en mouvement1) horizontal, en jetant derrière lui son manteau, sa carapace et le symbole de sa vie passée (cf Ep 4, 22-29) ; 2) vertical, de bas en haut, en bondissant, en se levant, en ressuscitant, en naissant à une vie nouvelle ; 3) horizontal, en courant vers Jésus. Et Dieu sait si ce ne devait pas être facile de l’atteindre alors que la foule qui l’entourait était comme une muraille infranchissable qui a dû s’ouvrir, comme la Mer Rouge que le Seigneur a ouverte devant son peuple guidé par Moïse et poursuivi par les armées de Pharaon (Ex 14). Dans un 4° temps, dans une rencontre directe et personnelle, à la demande de Jésus, il exprime son désir de retrouver la vue, ce qui indique qu’il n’est pas né aveugle. Dans un 5° temps, il est guéri par Jésus : il retrouva la vue, car il avait mis sa foi en lui : ta foi t’a sauvé. Dans un 6° et dernier temps, l’homme remis debout, qui a cru et qui voit, est envoyé : va. Il suit Jésus sur le chemin qui le conduit de Jéricho à Jérusalem où il va être trahi, arrêté, condamné à mort, flagellé et crucifié. Bartimée suit Jésus pour un chemin de vie, de joie, de libération et devient disciple.

Cette rencontre entre deux fils, celui de Timée et celui de David, est racontée dans un style tonique qui n’est pas sans nous faire penser au déroulement de la messe. Au début, nous sommes comme le mendiant aveugle, Kyrie eleison, Christe eleisonnous crions vers Jésus : prends pitié de moi. ‘Eleison’, en grec. Comme la foule, nous sommes parfois un obstacle à la rencontre de tous les Bartimée de notre temps avec Jésus. Comme pour Bartimée, Jésus nous entend, s’intéresse à nous, nous parle et nous appelle. Comme l’aveugle, nous sommes encouragés par d’autres à faire grandir notre foi : confiance, et à l’exprimer d’une manière ou d’une autre, dans notre cœur au moins, et avec les mots du « Je crois en Dieu » après l’homélie. Comme à Bartimée, Jésus nous demande ce que nous voulons qu’il fasse pour nous. C’est dans la prière universelle que nous lui demandons de faire ce que nous ne pouvons pas faire seuls. Dans l’Eucharistie et dans d’autres grâces directes ou indirectes, Jésus agit en notre faveur et nous guérit de l’isolement dans lequel on nous met, à l’écart, au bord du chemin et de la société. Il nous insère dans un peuple de frères et sœurs croyants, de tous âges et toutes origines, dans l’Eglise. Envoi à la fin de la messe ; Allez dans la paix du Christ ; ite missa est.Enfin, relevés, renouvelés, guéris, nous sommes envoyés au monde, à nos voisins, à nos collègues, à notre famille pour être la présence pleine de compassion de Jésus pour chaque exclu, pour aller chercher tous ceux qui se sont éloignés de l’Eglise, d’autres qui se sont égarés, d’autres qui ont été séduits par des promesses trompeuses de guérison, ou encore par des courants sectaires qui simplifient tout à l’extrême ! Il y a tant de mirages et de pièges ! Comme l’une de vous me le disait cette semaine : « Il faut aller les chercher. ‘Car rien n’est impossible à Dieu.’ Grâce au grand amour, on va tous les récupérer. Faites le bien. » Aidons à revenir à Celui qui est la source, à Celui qui ne trompe pas, au Rocher sur lequel nous pouvons construire notre vie et nos engagements. Finalement, « faisons attention les uns aux autres ! »

Nous ignorons si Jésus a été transformé par cette rencontre. Par contre, nous pourrons nous demander ce que l’expérience de cette messe aura pu transformer en nous, et comment elle nous a appris à regarder, notamment tous les Bartimée de la société et de l’Eglise, comme c’est formulé dans notre projet pastoral : il s’agit d’‘écouter avec bienveillance l’expression des fragilités et faire une place réelle aux plus fragiles dans notre vie paroissiale’, de ‘regarder vers les autres’ : en faisant ‘attention à la diversité des fragilités vécues dans la ville’, ‘en repérant comment Dieu agit dans la vie de nos contemporains’ et ‘les gestes et paroles de fraternité vécus réellement dans la ville et le partager’. Et aussi de ‘trouver des chemins concrets pour exprimer la Bonne Nouvelle : « tu as du prix aux yeux de Dieu et de l’Eglise, et Dieu t’aime plus que tu ne le penses. »’

Jr 31, 7-9 ; Ps 125 ; He 5, 1-6 ; Mc 10, 46b-52
P. Olivier Joncour

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