Homélie 2012.03.04 2° dim Carême B

4 mars 2012 2° dim Carême B St Pierre St Paul, St Etienne St Henri de Colombes

 

Dimanche dernier, nous avons vu Jésus sortir vainqueur des tentations imposées par le diable dans la solitude des 40 jours au désert. Aujourd'hui, comme Pierre, Jacques et Jean, nous sommes entraînés par Jésus sur une haute montagne pour le voir transfiguré entre Moïse et Elie. Avec ceux qui ont été appelés par notre évêque et qui seront baptisés à Pâques, nullnous découvrons que la foi est un chemin qu'Abraham a parcouru avec Isaac. Un chemin où l'on peut avancer à tâtons, sans tout savoir ni tout comprendre au moment de nous mettre en route. Et c'est en marchant que l'on va être éclairés. Et c'est en nous arrêtant sur la montagne que l'on va avancer encore plus : nous ne voyons pas le Dieu imaginaire, mais le Dieu qui nous prend souvent à contre-pied, comme dirait un gardien de but.

 

Que voyons-nous ?

Au temps d'Abraham, les dieux du Moyen Orient demandaient qu'on leur offre leur première récolte et leur 1° enfant. Abraham a sans doute cru que le Dieu unique avec qui il avait fait alliance lui demandait la même chose. Dieu a-t-Il voulu Le tromper ? Pouvons-nous nous tromper sur Dieu ? Dieu veut-Il nous voir souffrir ?

Ce qui est arrivé à Abraham semble le confirmer. Si Dieu prenait un malin plaisir à nous faire souffrir, ce dieu est pervers et je préfère ne pas croire en lui. Si c'est le cas, mieux vaut être athée. Mais le Dieu unique qui avait appelé Abraham et qui lui avait donné un fils n'est pas pervers au point de vouloir que celui-ci meurt déjà.

Regardons bien : Dieu n’a pas empêché ni confirmé l’intention d’Abraham, il l’a transformée en révélant ce qui lui donne vraiment un sens. Parce qu'il était son unique, Abraham risquait de surprotéger son fils, et même d'en faire son petit dieu. Le père a ainsi appris à laisser son fils grandir non pas tel qu'il le voulait, mais en le laissant devenir tel que le Seigneur le voulait. Abraham a eu besoin de perdre son fils pour le gagner. Et Isaac, à travers l'expérience de confiance qu'il fait à son père Abraham a appris à croire en Dieu comme son père l'avait fait. Dans chacun de nos sacrifices, même si cela va contre ce que Dieu veut, Celui-ci réussit à déployer sa créativité, et à nous libérer des fausses images et nos désirs de faire comme les autres.

 

Qu'est-ce que Pierre, Jacques et Jean ont vu sur la haute montagne ?

Ils ont vu Jésus transfiguré, c'est-à-dire que sa divinité transparaissait au-delà de son humanité. Ils ne l'ont pas vu seul : il était entouré de Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes.

nullNous aussi, nous voudrions voir Jésus transfiguré, Le contempler et vouloir, comme Pierre, que le temps s'arrête. Comme lorsque nous prenons un long temps de prière devant le St Sacrement : le temps semble s'arrêter. Il semble se dilater au point que nous soyons hors du temps. « Ô temps, suspends ton vol », dit le poète.

Cet épisode est une consolation pour les 3 apôtres, comme pour les soutenir dans leur foi, après que Jésus leur ait annoncé la passion, la mort et la résurrection du Fils de l'Homme (Mc 8,31).

La bonne question est alors : pourquoi Jésus est-il mort ? Etait-ce pour faire plaisir à son Père ? Si nous répondons positivement, on découvre un dieu assoiffé de sang et cruel. Mais surtout nous oublions qu'Il ne veut pas la mort du Juste. Et même du seul Juste ! Comme Abraham, il nous faut sûrement mettre de côté nos fausses idées sur Dieu. Et comme Pierre, il nous faut sûrement nettoyer nos fausses idées sur Jésus, le Messie, non pas tels que nous le voudrions ou l'imaginerions mais tel que Jésus l'a été. Comme le Patriarche, il nous faut sûrement revoir le sens des sacrifices : ne pas nous contenter de petits ou de grands renoncements, mais nous offrir, nous donner nous-mêmes à Dieu pour qu'Il agisse par son Esprit en nous et par null nous.

 

Finalement, avec les catéchumènes,nous découvrons que Dieu n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout ?  Pour le dire comme St Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé son Fils » (3,16). Comme Abraham, nous aimerions voir Dieu intervenir lorsque nous allons déraper et commettre une grosse bêtise, comme le Seigneur a envoyé son ange arrêter le bras d'Abraham et lui permettre d'offrir un bélier à la place. Aux trois témoins de la transfiguration, Jésus leur défendit de raconter ce qu'ils avaient vu, avant sa résurrection. Après avoir vu Jésus, il y a un moment pour se taire et un temps pour parler, témoigner et inviter d'autres à le voir.

Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18 ; Ps 115 ; Rm 8, 31b-34 ; Mc 9, 2-10

P. Olivier Joncour

  

 

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