Servons la fraternité Homélie 2013.02.17 1° dim Carême C

Dimanche 17 février 2013 1° dim Carême C; Messe de fin du Forum des Acteurs paroissiaux

Servons la fraternité

Conduit par l'Esprit Saint au désert, Jésus est tenté trois fois par le démon.Les trois tentations auxquels Jésus est soumis à la fin des quarante jours au désert, ces trois mises à l’épreuve dont Jésus sort vainqueur sans y succomber, nous rejoignent plus particulièrement aujourd’hui.

tentation de changer les pierres en painLa première tentation est celle de changer les pierres en pain pour calmer la faim. Combien de nos contemporains ont faim de pain. Pas seulement dans des pains lointains, mais à nos portes. N’avons-nous jamais vu la file de ceux qui viennent chercher une soupe chaude sous la gare de Colombes, une file qui s’allonge chaque année ? N’avons-nous jamais vu une femme, un homme, faire les poubelles, faire nos poubelles ou celles de supermarchés pour chercher de quoi les nourrir et leur famille ? N’avons-nous jamais croisé, dans la cour de Valmy, une personne avec un chariot rempli de victuailles grâce à une aide d’urgence de la Fraternité St Vincent de Paul parce que le porte-monnaie familial était vide. Et nous aussi, nous pourrions avoir la tentation de vouloir transformer ces pierres en pain. Demandons au Seigneur qu’Il change nos cœurs de pierre en cœurs de chair (Ez 36), pas seulement pour leur donner du pain, mais aussi la Parole de Dieu, et surtout du travail, des moyens de s’en sortir, de les accompagner dans leur remontée. Non pour le faire à leur place, mais pour le faire avec eux. Patiemment.

une femme se prosternant devant une statue du diable (à gauche l'orgueil, au centre l'idolâtrie, à droite l'avarice)La deuxième tentation est celle de servir le démon. Si tu te prosternes pour m’adorer … Servir Satan, faire un pacte avec le diable tant que cela peut nous être utile, et que le jour où l’on voudra il toujours temps de le rompre. C’est le calcul que l’on peut faire, mais qui est impossible en réalité, car se mettre sous la coupe du Malin, c’est en fait un esclavage dont il est bien difficile de se sortir seul.

Se servir des autres pour son propre profit ? L’autre est alors vu comme un moyen pour arriver à ses fins. Or, l’impératif catégorique de Kant l’interdit : « Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen. » (Fondation de la métaphysique des mœurs, in Métaphysique des mœurs). C’est la tentation de l’abus de pouvoir en première ligne ou du pouvoir exercé en deuxième ligne caché, derrière un homme de paille.

Devenons serviteurs de la Parole de Dieu.Dans la troisième tentation, le démon cite un psaume. C’est la tentation de se servir de la Parole de Dieu pour justifier ce qu’on fait, alors que nous devons être les serviteurs de la Parole. Le service de Dieu est un honneur pour celui qui le vit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu et c’est Lui seul que tu adoreras. (Dt 6,13) Cependant, la foi en Dieu et la prière ne peuvent isoler des autres.http://media.cathocambrai.com/diaconia2013-servons-fraternite-421424_13.jpg ‘Servons la Fraternité.’ La foi sans les œuvres est morte. (Jc 2, 14-26) Il faut marcher sur nos deux jambes et servir avec nos deux mains. De même que l’on ne peut pas dire qu’on aime Dieu qu’on ne voit pas si l’on n’aime pas aussi son prochain qu’on voit (cf 1 Jn 4,20), on ne peut pas dire qu’on sert Dieu qu’on ne voit pas si on ne sert pas également son prochain qu’on voit et qui est en situation de manque.

[Lazare et le richeSketch des enfants adaptant le début de la parabole du riche et Lazare (Lc 16, 19-31)]

Aux yeux de Dieu, Lazare et le riche sont frères. Ils ont du mal à se reconnaître comme tels. On veut toujours être le préféré. Pensons à Caïn et Abel (Gn 4, 1-16), aux jumeaux Esaü et Jacob (Gn 27), aux fils de Jacob avec Joseph (Gn 37), à l’aîné et au cadet de la parabole du Père riche en pardon (Lc 15, 11-32).

C’est un service dans l’amour, dans la charité. De « l’Eucharistie naît la responsabilité envers autrui. » (Au cœur de la spiritualité de Benoît XVI, in La Croix 16-17 fév. 2013, p.3) Jésus nous précise le nom du rival qui peut mettre un obstacle au service de Dieu : l’argent, quand il est le but ultime. Il faut choisir : « nul ne peut servir deux maîtres … Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent. » (Mt 6,24) Jésus, serviteur, Maître et SeigneurChoisissons Jésus comme notre exemple : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. » (Mc 10,45) « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Lc 22,27) Dieu veut que nous nous dépensions au service de nos frères comme Jésus, le Fils envoyé du Père, l’a fait lui, « le Maître et le Seigneur ». Rappelons-nous ses paroles après le lavement des pieds de ses disciples au cours de son dernier repas : « C’est un exemple que je vous ai donné, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13,15) Tant personnellement que comme Corps du Christ. Non pas seul, à son compte, mais reliés les uns aux autres, dans une communion en paroles et en actes, non seulement sur le terrain, mais aussi au sein de nos assemblées du dimanche.

 

C’est pourquoi, de notre journée, je retiens :

- il ne s'agit pas d'en faire plus, mais de faire autrement, avec amour ;

- dans les obstacles à la rencontre des autres, ont été mentionnées nos peurs, qu'elles soient réelles imaginaires ;

- Pour une rencontre vraie de l'autre, il faut entrer dans son monde, dans son univers référentiel, mais il faut aussi que j'accepte de me laisser découvrir. Pour l'un comme pour l'autre, cela nécessite du temps, comme lorsqu'on mange un artichaut et qu'il faut enlever chaque feuille avant d'arriver enfin au coeur. Et ce qui peut expliquer nos peurs a priori, c'est aussi que je ne cherche pas tant à changer l'autre qu'à accepter de me laisser transformer par cette rencontre, et j'ignore jusqu'où cela me conduira ! Il se produit un véritable "échange de dons" ;

- je vous invite aussi à lire attentivement les paroles des couplets du chant final "Toi, mon frère" (de Brigitte et Jean-Paul Artaud) que nous avons chanté pour commencer notre journée : je ne suis pas que le riche qui aide, je suis aussi le pauvre, le blessé, celui qui a ses fragilités et qui doit accepter de se laisser approcher et accueillir !

Dt 26, 4-10 ; Ps 90; Rm, 8-10-13 Lc 4, 1-11

P. Olivier Joncour

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