Jésus, pyromane et diviseur subversif ? Homélie 2013.08.18 20° dim TO C

Dimanche 18 août 2013 20° dim TO C St Etienne St Henri, St Pierre St Paul Colombes
Jésus, pyromane et diviseur subversif ?
Dans le procès de Jésus à Jérusalem, les accusateurs auraient pu retenir deux autres motifs d'accusation : celle d’être pyromane et un diviseur des familles.
1) Jésus était-il pyromane ?
Je suis venu apporter un feu sur la terreIl est légitime de nous poser la question, si nous prenons au premier degré ses paroles : Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. Dans quel contexte prononce-t-il ces mots ? Jésus est en route vers Jérusalem. Nous sentons son impatience. Jusqu’à présent « ce n’était pas son heure ». Ce feu brûle dans son cœur dans l’attente de l’accomplissement de sa mission reçue de son Père. Pour le feu, c’est probablement celui de l’Esprit St. C’est peut-être aussi le feu de l’Amour, celui de la Passion, jusqu’à la folie de la Croix. « L’amour est fort comme la mort, la passion est implacable comme l’abîme. Ses flammes sont des flammes brûlantes, c’est un feu divin. » (Ct 8,6)
Jérémie descendu dans la citerneC’est ce même feu avec lequel ont parlé bien des prophètes, y compris Jérémie qui passait alors pour un prophète de malheur. C’est d’ailleurs la raison qui est donnée pour le mettre dans une citerne : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattants dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur.
Le Seigneur avait parlé d’une telle citerne à Jérémie lors de sa vocation : « mon peuple a commis un double péché : ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes : des citernes fissurées, qui ne retiennent pas l’eau. » (Jr 2,13) Il séjournera dans une citerne sans eau, mais qui n’a pas servi et qui n’a pas été nettoyée car il y a de la boue.
Pour en revenir au feu, un troubadour des temps modernes, surnommé ‘l’idole des jeunes’, a chanté : « Il suffira d’une étincelle / D’un rien, d’un geste / Il suffira d’une étincelle / D’un mot d’amour pour / Allumer le feu / Allumer le feu. » (Allumer le feu (par Johnny Halliday, paroles de Zazie, musique de P. Obispo)) Quelle a été cette étincelle ? N’est-ce pas l’Esprit Saint, descendu sous la forme des langues de  feu lors de la Pentecôte (Ac 2,3) ?
Jésus est donc bien un pyromane, non pas celui qui allumerait un incendie destructeur. Mais il est l’instigateur de la propagation d’un feu intérieur de cœur en cœur. C’est un feu qui se propage comme l’amour se communique. C’est aussi un feu qui réchauffe ceux qui ont froid. Pour maintenir ce feu allumé, pour les petites bougies que nous sommes (cf Mt 5,14), il nous faut continuer à faire provision d’huile comme les jeunes filles prévoyantes (Mt 25,4) pour entretenir la flamme.  
2) Jésus est-il un diviseur et un subversif ?
    Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées.
Même s’il ne cherche pas à se suicider ni à mourir, Jésus n’a pas peur de vivre sa passion, ni du martyre. Il n’a pas peur de ‘plonger’. Il y va cependant car l’épreuve qu’il va vivre à Jérusalem est nécessaire pour que vienne le feu du St Esprit. Quel contre-pied par rapport à la conception d’un Messie, Prince de Paix ! Cela va entraîner des fractures à l’intérieur des familles humaines, des divisions entre juifs qui ont reconnu Jésus comme le Messie et le Fils de Dieu et ceux qui l’ont rejeté. Sûrement ce qui devait se passer au sein de la communauté chrétienne pour laquelle Luc écrit son Evangile.
    une maison diviséeJésus nous fait comprendre qu’il faut choisir notre camp au-delà des liens familiaux. Je vois bien que certains parmi nous sont seuls à croire en Jésus ressuscité et à le suivre, dans leur couple ou leur famille. Rappelons-nous, au printemps 1206, François Bernardone, fils d’un riche marchand de draps et d’étoffes d’Assise, qui rend symboliquement ses vêtements à son père. Souvenons-nous, en 1212, la jeune Claire, d’une famille noble de la même ville, qui, ayant écouté François, est conquise par l’idéal de pauvreté et renonce au monde.
Ces paroles fortes de Jésus viennent juste après un développement sur le service (12, 35-48). Il est donc venu allumer en nous le feu du service. Son vœu le plus grand : que nous devenions des serviteurs, comme lui l’a été (cf Jn 13). une assiette de frites avec un beefsteakEcoutons l’histoire vraie de Ralph. Alors qu’il sort d’un restaurant, un inconnu lui demande à voix basse : « Puis-je finir les frites que vous avez laissées ? » Le patron qui a entendu se fâche et dit à l’inconnu : « Qu’est-ce que vous faites ici ? » Ralph, confus, commande une assiette de frites : « Je ne veux pas que cet homme finisse mes restes. » Au moment où il se prépare à le payer, le patron lui dit : « Non, je m’en occupe. C’est pour moi. » En sortant, Ralph voit l’assiette de frites avec un beau beefsteak. Et le patron de lui dire sur le seuil : « Sans vous, je n’aurais jamais fait cela ! » (d’après D. Sonnet L’Evangile au présent).
P. Olivier Joncour
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