Bunker ou périphérie Homélie Ascension A (29.05.2014)

Jeudi de l’Ascension A 29 mai 2014 St Etienne St Henri Colombes

Bunker ou périphérie

Le prophète Elie est emporté au ciel dans un char de feu et des chevaux de feuAvant Jésus, un prophète était monté au ciel sans mourir. C’est le prophète Elie, « dans un char de feu et des chevaux de feu […] dans un tourbillon » (2 R 2,11). Pour Jésus ressuscité, les évangélistes et St Paul sont discrets sur le comment. Il n’avait pas de mini-fusée sous les pieds, ni pris un avion ou une navette spatiale. Par contre, ils concordent sur l’événement : Dieu a fait asseoir le Christ à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de toutes les puissances et tous les êtres qui nous dominent. […] Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Eglise qui est son corps. Le Fils de Dieu a retrouvé la place où Il était de toute éternité jusqu’au « oui » de Marie.

Les lectures retenues pour aujourd’hui nous font vivre une tension entre deux pôles : au Ciel et ici. D'une part, Jésus est monté à la droite de Dieu le Père raconte St Luc dans les Actes des apôtres, et, d'autre part, il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, comme il l’affirme aux onze disciples à la montagne qu’il avait désignée en Galilée. Il est en même temps absent de la terre, invisible à nos yeux, parce qu’il est dans les cieux où il est allé « nous préparer une place » (Jn 14,2b) et en même temps il est avec nous, autrement dit, il ne nous a pas abandonnés. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Il nous a laissé son commandement nouveau qui, si nous le vivons, fait que Jésus demeure en nous et nous en lui (cf Jn 15). Combien de ses paroles, enseignements et paraboles, mais aussi de guérisons ont été mis par écrit dans les évangiles. Il avait promis que son Père enverrait l’Esprit Saint aux apôtres et ses disciples, mais pour cela il fallait que le Fils soit monté au Ciel. Enfin, Jésus a laissé à l’Eglise les sacrements, dont l’Eucharistie et l’onction des malades.

Entre la montée de Jésus au ciel, à la droite de Dieu, son ascension le quarantième jour après sa résurrection, selon la chronologie de St Luc dans les Actes des apôtres, la communauté des disciples peut confronter à deux choix : soit s’enfermer par peur, se construire un bunker, soit sortir et s’ouvrir aux autres juifs et aux païens. A plusieurs reprises au cours de son histoire, l’Eglise a été confrontée à ce même choix, par rapport à la société civile ou aux autres religions. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la même tension : soit nous nous refermons sur nous-mêmes et nous enfermons dans une citadelle dont on nous voudrait faire croire qu’elle serait assiégée, nous nous raidissons dans nos rapports avec la société, ceux qui ne sont pas chrétiens, les pouvoirs publics, soit nous décidons d’être dans une relation de proximité, de discussion et d’amitié, en prenant le temps de reconnaître ce qui est bon dans la vie de chacun. Pour le dire autrement, soit on reste qu’entre cathos, soit nous faisons le même voyage intérieur et géographique que le Fils de Dieu quand il est venu vivre notre vie humaine terrestre, rencontrant non seulement des juifs, des pharisiens, des sadducéens, mais aussi les juifs exclus du fait de leur maladie ou de leur métier, les prostituées et autres collecteurs d’impôts, mais aussi des païens : des mages venus d’Orient (Mt 2,11), une Samaritaine au puits de Jacob puis tous ceux de son village (Jn 4), un centurion romain (Lc 7, 6-10), le possédé gérasénien (Lc 8, 26-39), une Cananéenne (Mt 15, 21-28), et d'autres encore que les évangiles n'ont pas retenu. Rappelons-nous que, après la mort de Jésus, les apôtres se sont enfermés dans une maison, et que, même après les visites du ressuscité (cf Jn 20), il a fallu attendre le grand souffle de vent pour qu’ils décident de sortir de leur bunker pour sortir sur la place publique et à aller à la rencontre de la foule (Ac 2). Par peur, l’homme construit des murs pour se protéger. L’histoire montre qu’aucun ne tient longtemps. Un jour ou l’autre, ils tombent ou sont contournés : la ligne Maginot en 1939, le mur de l’Atlantique en 1944, Chute du mur de Berlin 9 novembre 1989le mur de Berlin et le rideau de fer en 1989. Jusqu’à quand le mur construit par Israël pour se protéger des attentats palestiniens va-t-il tenir ? Cette semaine, nous pourrons nous associer à la prière pour la paix des présidents palestiniens et israéliens qui aura lieu avec le Pape François au Vatican, dans les prochains jours. Et je ne parle pas des murs des comptes Facebook qui risquent d’empêcher la vraie rencontre ! Ils sont aveugles « ceux qui pensent qu’une Eglise fortifiée dans ses certitudes est moins vulnérable qu’une Eglise qui accepte la souplesse » (O. Le Gendre L’espérance du Cardinal, JC Lattès, 2011, p. 107) et l’ouverture.

En conclusion, depuis l’Ascension de Jésus et la venue de l’Esprit, l’enjeu, pour ses disciples, est de parler et d’agir comme lui, d’être un autre Christ.

Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20

P. Olivier Joncour

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