Ca chauffe à Jérusalem Homélie Dédicace de la basilique du Latran (9.11.2014)

9 novembre 2014 Dédicace de la basilique St Jean du Latran St Pierre St Paul Colombes

Ca chauffe à Jérusalem !

Si vous avez suivi un peu l'actualité cette semaine, vous avez entendu parler des colons israëliens qui achètent des maisons à Jérusalem-Est, des provocations sur l'esplanade de l'ancien Temple. Quel contraste entre l’Evangile où Jésus est dur et violent non seulement en actes mais aussi en paroles, et l’extrait du prophète Ezéchiel où le Seigneur Dieu annonçait au peuple encore en exil que le Temple serait reconstruit et qu’il serait porteur de vie, à l’image de cette eau qui irrigue tout où elle passe : donnant la vie dans le désert entre Jérusalem et la Mer Morte, et assainissant ses eaux tellement salées que la vie y était impossible. Essayons de comprendre le rôle des marchands et des changeurs, celui des prophètes, le sens et la portée des actes et des paroles de Jésus en son temps et pour nous aujourd’hui.

Quel était le rôle des marchands et des changeurs qui travaillaient dans le Temple de Jérusalem ? Les marchands vendaient des animaux, petits ou gros que les pèlerins juifs achetaient pour qu’ils soient offerts en sacrifice sur le grand autel comme le demandait la Loi juive. Rendez à César ce qui est à CésarDe leur côté, les changeurs assuraient la conversion des pièces de monnaie en usage dans l’empire romain de l’époque. Sur celles-ci étaient gravées le visage de l’empereur de Rome. Rappelons-nous le fameux « rendez à César ce qui est à César » quand Jésus est interrogé sur la permission de payer l’impôt (Mt 22, 15-22).  Les changeurs covertissaient la monnaie impériale avec la monnaie qui n’était reconnue qu’à l’intérieur du Temple de Jérusalem.

Dans la Bible juive, les prophètes sont des croyants, qui agissaient au nom de leur Dieu, posaient des actes par un objet qui avaient une portée religieuse car elle exprimait de façon imagée et résumée la situation de la relation entre Dieu et son peuple. le prophète Jérémie chez le potierOn se rappelle par exemple le jour où le Seigneur a demandé à Jérémie d’aller chez un potier. Et il comparait le travail de l’argile par le potier qui voulait modeler un vase au sien qui façonne son peuple de croyants, avec des échecs et des réussites (Jr 18, 1-6).

En chassant les marchands du Temple de Jérusalem dont la présence était pourtant nécessaire à l’organisation des sacrifices du Temple de Jérusalem qui avait été reconstruit au retour de l’Exil à Babylone et en expulsant les changeurs, Jésus s’inscrit donc dans la ligne des gestes des prophètes qui avaient pour but d’interpeler le peuple. Si nous nous mettons à la place des marchands du Temple, nous comprenons qu’ils puissent dire : ‘Jésus ruine notre commerce, il nous met au chômage. C’est la fin des sacrifices au Temple.’ A travers ce geste prophétique, Jésus dénonce la perversion du système religieux où les marchands vivaient grassement sur le dos des pèlerins, parfois très pauvres. Il annonce aussi la fin des sacrifices sanglants après sa mort sur la croix, comme l’analyse l’auteur de la lettre aux Hébreux (cf 9,15-10,18). Que dire lorsque Jésus annonce la destruction du Temple ? Là aussi, il annonce un avenir qui arrivera une quarantaine d’années plus tard, en l’an 70, par les Romains lors du siège de Jérusalem. Ce n’est qu’après sa mort et sa résurrection, trois ans après les avoir prononcées, que ses disciples comprirent réellement le second sens de ses paroles, et qu’il venait ainsi accomplir ce qu’avaient annoncé les prophètes. En agissant comme un prophète, alors qu’il l’est bien plus, Jésus a voulu montrer la continuité entre la Première et la Nouvelle Alliance.

Qu’y a-t-il dans notre cœur ? Faisons-nous du marchandage avec le Seigneur ? ‘Si je Te donne du temps en priant, intérieurement, je fais le calcul que ce temps perdu où je pourrais faire autre chose, j’espère non seulement que Tu m’auras entendu mais surtout que Tu m’exauceras.’ Ou encore ‘Si je Te donne du temps en priant, intérieurement, je fais le calcul que plus je Te le demanderai, plus il y a des chances que Tu m’entendes, que tu vois que c’est important pour moi, et donc que Tu fasses ce que je T’ai demandé.’ Drôle conception de la prière : est-ce le Seigneur qu’il faut convaincre à tout prix, au risque d’en faire mon serviteur, comme le bon génie de la lampe magique, ou ne serait-ce pas plutôt la prière qui vient me faire changer, surtout si je me rends compte qu’Il ne m’obéit pas immédiatement, c’est que ce que je Lui demande ne va peut-être pas dans le sens de sa volonté ni dans celui de l’Evangile.

Après le 1° signe de Jésus à Cana en Galilée, lors d’un mariage, les disciples ont cru en Jésus (Jn 2, 1-12), après le signe de sa résurrection, trois ans plus tard, les disciples crurent aux prophéties de l’Ecriture. Il y a le temps des annonces et celui de la réalisation, de l’accomplissement. L’évangéliste St Jean fait le lien entre l’eau qui sort du cœur de Jésus transpercé par le soldat romain (Jn 19, 33-35) et la vision d’Ezéchiel de l’eau, source de vie, dont le baptême porte en lui toute la richesse.

Ez 47, 1-2.8-9.12 ; Ps 45 ; 1 Co 3, 9b-11.16-17 ; Jn 2, 13-22

P. Olivier Joncour

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