Les 3 fils de Pâques Jeudi saint (2.04.2026)
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Jeudi saint 2 avril 2026 Saint Jean de Grésillons Gennevilliers
Les 3 fils de Pâques
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Pour comprendre ce dernier repas de Jésus avec ses disciples, nous devons prendre en compte trois dimensions, comme un fil d’or, un autre d’argent et un de bronze tressés ensemble : le passé, le présent, et l’à-venir.
Le 1° fil est le passé.
Le repas juif de la Pâque, le "seder" en hébreu, que les juifs ont pris en famille hier soir, au cours duquel Jésus institue l’Eucharistie, n’a pas lieu à la synagogue, mais dans les maisons, en famille. C’est très codifié. Le menu est donné et décrit dans le chap 12 du livre de l’Exode : ce sont les mêmes aliments que la nuit de la grande délivrance, du départ d’Egypte pour la génération de Moïse. Il y a un dialogue entre le père et son fils le plus jeune qui commence par une question : « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits? » Quand le père répond, il ne le fait pas en racontant au passé, mais au présent.
Jésus avait demandé qu’on aille préparer le repas pascal comme c’est prévu (Mt 26, 17-19). « Ce jour-là sera pour vous un mémorial » (Ex 12,14a) Ce mot ne veut pas dire qu’on fait une reconstitution de ce qui s’est passé, mais c’est une actualisation de ce qui a été vécu, efficace en soi du salut dans l’acte même de la célébration. Ils sont contemporains de leurs ancêtres et les bénéficiaires de cette même libération.
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Le 2° fil est le présent : c’est ce que nous voyons dans les premières minutes des huit épisodes de la saison 5 de la série The Chosen. Nous l’avons compris, l’atmosphère de ce repas est déjà en soi solennelle. Jésus et ses disciples respectent ce qui est prévu, comme les années précédentes. Et voici que Jésus ajoute des paroles qui nous sont devenues familières et que nous connaissons par coeur à force de les entendre à chaque messe. Mais pour les disciples, c’était la première fois. C’est ce que saint Paul a rappelé aux Corinthiens : Ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous. Cette lettre a été écrite bien avant les quatre évangiles. Les paroles du Christ sont remplies de gravité. C’est le récit qu’en font aussi saints Mt (26, 20-29), Mc (14, 17-25) et Lc (22, 14-22). Avec le sang, c’est un repas d’alliance, celui de la Nouvelle Alliance, comme le sang des agneaux mis sur le linteaux des portes des maisons juives en Egypte (Ex 12, 21-28).
![Jésus lave les pieds de ses disciples Jeudi saint (Linteau [ancien], rue des Gras à Clermont-Ferrand , Photographies © Guillaume Marquet, Paroisse Notre-Dame de Clermont)](https://image.over-blog.com/FXyCCmoP3p0YK2ub49VAFtGO8ME=/filters:no_upscale()/image%2F1489074%2F20260403%2Fob_9470ae_lavement-des-pieds-detail-linteau-rue.jpg)
L’évangéliste St Jean a fait un autre choix en racontant un geste courant, quotidien dans toute maison quand un visiteur ou le maître arrive : un serviteur lui lave les pieds poussiéreux et fatigués. Et là, la seconde nouveauté, c’est que c’est Jésus, le Maître et le Seigneur le fait pour ses disciples pour qu’ils comprennent le nouveau type de rapport qu’il est venu institué car il n'est « pas venu pour être servi mais pour servir » (Mt 20, 28 ; Mc 10,45) et pour que ce soit un exemple pour eux, pour qu’ils vivent ce geste entre eux. Au cours de cette soirée, le Christ a demandé deux choses : « Faites cela en mémoire de moi » au sujet du pain et du vin devenus son Corps et son sang. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. C’est pour cela que nous allons vivre ce soir ce geste du lavement des pieds. Il y a quelques jours, j’ai vu une vidéo d’un repas de mariage où avant de commencer, les 2 mariés se sont lavés les pieds l’un à l’autre. Wahou ! Tout était dit dans ce qu’ils voulaient vivre ensemble !
Le 3° fil est l’à-venir.
a) avenir proche : annonce de la vie donnée en offrande sur la croix : corps livré et sang versé. C’est l’annonce de ce qu’il vivra dans sa Passion, sur la croix. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » (cf Jn 10,18). « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
b) avenir eschatologique : annonce du banquet messianique prophétisé par Isaïe (25,6)
Quelle soirée ! En forme d’ouverture, qui est reliée avec tout ce qui va suivre qui est déjà annoncé, qui va se réaliser : à la Cène, la croix est déjà présente ; à la croix, la résurrection est déjà en germe, car si le mal et le malheur s’abattent sur l’innocent jusqu’à sa mort qui le libère de souffrances et douleurs multiples, la résurrection fera porter sur la croix un autre regard en passant du bois mort à la croix glorieuse, féconde, croix qui reverdit. « Dieu s’est livré à la mort pour vaincre la mort en vainquant le péché. » (Louis Bouyer Le mystère pascal Foi Vivante 6, p. 99) Et que dire de la crise chez les disciples ?! La communauté en crise a volé en éclat : trahison, reniement, peur ! Seul le Ressuscité pourra ramener la paix. Et l’Esprit unifiant et missionnaire les transformera définitivement pour la mission ! Même envoyés, ils resteront en communion les uns avec les autres.
C’est alors tout l’enjeu de ce signe visible, de ce que l’Église appelle un sacrement, celui de l’unité. Malgré nos différences d’âge, de pays et de régions d’origine, de langues maternelles, de milieux sociaux, religieuses, de sensibilités politiques, comme il fallait tant de grains de blé écrasés et broyés en farine qui a servi pour faire la pâte d’un seul pain partagé, comme le Corps rompu du Christ. Et à la différence des autres aliments que notre corps décompose pour vivre, ici c’est le Corps du Christ reçu qui nous transforme en lui : « Devenez ce que vous recevez ... »
