Disciple-missionnaire à la manière de la Samaritaine Homélie 3° dim Careme A (19.03.2017)

Dimanche 19 mars 2017 3° dim Carême A St Etienne St Henri, Colombes

Disciple-missionnaire à la manière de la Samaritaine

Nous sommes témoins de la rencontre de deux êtres fatigués : Jésus, d'une part, a marché toute une matinée avec ses disciple sous un soleil dont la chaleur a augmenté au fur et à mesure, c'est la fatigue physique; Notre monde est fatigué et fatiguantet une Samaritaine, d'autre part, qui a quitté son village pour puiser de l'eau au milieu du jour, pour éviter les autres femmes dont le regard l'accusent et la méprisent. Ce n'est pas sans nous rappeler le monde dans lequel nous vivons : un monde fatigué et fatigant. Un monde marqué par l'exclusion et l'isolement.

1. La solitude de la Samaritaine :

solitude de la SamaritainePlusieurs éléments nous expliquent la solitude de cette femme venue chercher l'eau au puits au milieu du jour alors que les autres femmes y vont à l'aube :

- Ce n'est dans la seconde partie de la discussion avec Jésus que nous apprenons la raison de son exclusion du groupe des femmes : comme elle a déjà été mariée cinq fois et qu'elle vit avec un autre homme, elle n'a sûrement pas une bonne réputation. Les autres doivent avoir peur qu'elle vienne séduire leur mari, d’ailleurs elle vit avec un 6° homme. Inutile d’en rajouter sur la mauvaise réputation qu’elle doit avoir dans le village ;

- Elle vit une solitude spirituelle : elle a des questions essentielles sur Dieu, sur la prière, sur ce qui est vital, questions qu’elle n’a pas encore pu poser à quelqu’un car elle était prisonnière de l’image dans laquelle elle a été enfermée, dont elle est prisonnière.

En fait, sa rencontre avec un inconnu, qui ne sait rien sur elle représente une chance inouïe, une opportunité pour rompre cette exclusion, d'avoir un contact avec ses semblables, même si c'est un juif et un homme. D’ailleurs, c’est lui qui commencer à lui parler !

2. La solitude de Jésus est bien réelle.

Jésus est fatigué- Il est fatigué après avoir marché avec ses disciples toute une matinée. La chaleur se fait maintenant sentir.

- Ses disciples l'ont laissé pour aller faire des courses au village.

La lettre aux Romains souligne une autre forme de solitude de Jésus : il est mort pour les pécheurs que nous étions encore.

3. Relevons encore d’autres solitudes : celle du peuple hébreu qui a soif au désert et qui a l’impression d’être abandonné par le Seigneur qui l’avait sortir du pays d’Egypte. solitude du leaderLa solitude de Moïse contre qui tout le peuple récrimine : c’est la solitude du leader qui doit conduire le groupe dont il a reçu la charge ou le chef d’entreprise dans des situations de crise, de l’évêque de Rome, d’un évêque ou d’un curé quand des courants résistent à vivre la logique de l’Evangile.

4. La rencontre de la femme avec Jésus, en vérité, sur un plan existentiel, métaphysique, spirituel, dans sa dimension transcendante, la fait rejoindre son village, raconter et témoigner aux habitants ce qu'elle a vécu et susciter leur intérêt par rapport à Jésus : Ne serait-il pas le Messie? Son témoignage a interpelé les habitants qui invitent Jésus et ses disciples à rester trois jours chez eux. Elle est pleinement disciple-missionnaire (La Joie de l’Evangile). A la fin, Jésus a permis à cette femme d’être réintégrée dans la communauté de son village. Pour la femme, cette reconnaissance du Messie, cette présentation aux siens, est très valorisante. Si elle ne pouvait plus vivre comme avant, les autres ne pouvaient pas, non plus, continuer à la considérer comme une paria. Elle a été réintégrée dans la vie de son village, sans pour autant cautionner tout ce qu'elle a pu vivre ou faire. Quel changement de regard !

Former une Eglise en sortiePour certains frères et sœurs de notre communauté qui sont les seuls croyants dans leur famille ou leur entourage professionnel, amical, notre Eglise est alors pour eux comme une oasis, un soutien, un lieu où se nourrir, où prendre des forces. Certains ont partagé d’ailleurs, les 4-5 mars, que c'est en s'intégrant dans un service ou un groupe de la paroisse qu'ils étaient sortis de leur isolement.

Finalement, quand le Pape François parle d'une "Eglise en sortie" dans La Joie de l’Evangile, c'est pour que nous soyons comme Jésus, même si nous sommes fatigués, présents à des lieux où passent des personnes en tous genres, y compris à des horaires inhabituels, car il pourrait très bien se présenter des personnes en situation d'isolement ou en rupture de relation. Les carrefours numériques, nouveaux lieux de missionCe sont des terrasses de cafés, mais aussi sur internet sur les réseaux sociaux pour des jeunes, sur des forums de discussion, et dans bien d’autres lieux pour des rencontres réelles, y compris Rue St Denis où l’automne dernier une paroissienne qui faisait remplir un questionnaire sur les attentes des Colombiens par rapport à l’Eglise, a ensuite écouté les confidences d’une inconnue pendant une demie heure : elle n’avait trouvé personne d’autre avant à qui se confier et déposer son fardeau. Le Christ nous montre comment aider les personnes à creuser les vraies soifs et les vraies faims qu'elles ont. Donnons le Christ à boire à nos frèresDonnons-leur le Christ, pour qu'elles n'aient plus à boire des boissons sucrées, ni des plats déséquilibrés mais qui ne sont pas nourrissants. Si nous devons être comme Jésus, regardons qu'elle est sa pédagogie, comment il fait. C'est lui qui commence la discussion. C'est lui qui demande. C'est lui qui conduit la discussion. C'est lui qui dépasse les préjugés, les qu'en dira-t-on, les a priori. Allons-y : il compte sur nous. Tant de personnes ont soif !

P. Olivier Joncour

Ex 17, 3-7 ; Ps 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

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