Plongée divine en humanité Homélie 4° dim TO B (1.02.2015)

Dimanche 1° février 2015 4° dim TO B St Dominique, Neuilly

Plongée divine en humanité

Après quelques années au gouvernement, on reproche souvent aux hommes politiques d’être coupés du réel, des situations concrètes et de tout regarder de haut, ou sur le côté. ticket de métro (Paris)On se souvient de la question qu’un journaliste avait posée à l’un d’eux sur le prix de la baguette ou d’un ticket de métro. Avec le Fils de Dieu fait homme, il ne peut en être ainsi. C’est la plongée divine dans l’humanité et tout ce qui fait ses joies et ses difficultés.

Dans les chapitres 5, 6 et 7 de la 1° lettre aux Corinthiens, St Paul aborde des points concrets de la vie des couples, du mariage, du célibat, de la sexualité. La manière dont St Paul présente la vie semble dualiste, deux choix possibles seulement, en opposition : d’un côté, ceux qui sont célibataires, dans un célibat choisi ou subi, dont ceux qui attendent de rencontrer la personne avec laquelle ils vont s’engager dans une relation durable, ceux qui sont séparés de leur conjoint, les veufs et les veuves. Il y a aussi ceux qui consacrent leur vie à Dieu, comme religieux ou religieuse - la Fête de la Présentation de Jésus au Temple le 2 février, demain, nous le rappelle -, ou comme prêtre, ou évêque, qui n’ont rien d’autre à faire et penser qu’à Lui. Pour le judaïsme, le célibat est inconcevable. Site archéologique de QumranA part l’expérience des Esséniens de Qumran, il est mal vu. Jésus, en restant célibataire, comme Jean, le Baptiste, ouvre une brèche et va en donner une dimension nouvelle, une disponibilité totale pour Dieu en vue du Royaume. A l’époque où l’apôtre écrit cette lettre, il pense que le moment où Jésus va revenir dans la gloire est proche. Il y a comme une urgence qui oblige à revoir ses choix, sa manière de vivre, … C’est pourquoi, il est amené à écrire quelques lignes avant : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas. » (1 Co 7,29) De l’autre côté, il y a ceux qui sont mariés tout affairés par leur couple, leurs enfants, leur travail, leurs activités profanes.

 Ces deux alternatives sont-elles si tranchées ? Dans quelle catégorie range-t-on les hommes mariés ordonnés diacres ? Dans un entre deux ? Entre deux chaises ? Ou, n’y aurait-il pas une troisième voie, comme une synthèse possible des deux précédentes. Non pas seulement l’une ou l’autre, mais conjuguer les deux ensemble. Et pour le plus grand nombre, comment vivre la logique de son baptême dans toutes les dimensions de sa vie : dans son couple, comme parents, au travail, dans ses engagements bénévoles associatifs et ecclésiaux, pendant sa retraite. Non pas Marthe ou Marie (Lc 10, 38-42),mais les deux. Hémisphères droit et gauche du cerveauNon pas l’hémisphère droit du cerveau contre le gauche, mais les deux. Non pas la raison contre la foi, mais jamais la foi sans la raison.

Dans l’extrait du Dt, nous entendions comme un refrain : au milieu de  vous, parmi vos frères, l’assemblée, au milieu de leurs frères. Dieu fait surgir un prophète, un porte-Parole de Dieu, porte-parole de la Parole de Dieu à écouter. Aujourd’hui, au cours de ce IV° Forum Paroissial, nous avons fait l’expérience d’être les porte-parole de ceux qui ne l’ont pas, de ceux que l’on n’entend pas, de ceux qui ont du mal à se faire entendre et comprendre, pour porter à la connaissance de tous ce qu’ils vivent. Cela oblige à élargir notre regard : non pas ce que je vis, non pas des cas théoriques mais des personnes, des histoires, des manques, des parcours de vie, des relations, avec leurs hauts et leurs bas.

Au cœur de l’extrait de l’Evangile de ce dimanche, il y a des tensions et des conflits : entre les scribes et Jésus, entre ceux qui sont des gens attachés aux traditions, qui enseignent à partir de ce que les sages interprètes de la Loi d’Israël ont dit avant eux. Au contraire, Jésus apparaît comme quelqu’un de différent, qui ne fait pas référence au passé. Jésus chasse un esprit impurDans ces événements, le conflit apparaît aussi avec Satan, avec les démons, les esprits impurs qui ont peur de Jésus, leur adversaire. Car, Jésus est plus qu’un prophète qui parlerait au nom du Seigneur. Il est Dieu le Fils. Sa Parole est agissante. Au premier jour, Il mettait de l’ordre dans la création entre la lumière et les ténèbres (Gn 1, 3-5). Ici, l’esprit impur a pris possession d’un homme et l’empêche d’être libre et lui-même. Jésus ne reste pas à distance. Il n’abandonne pas. Il se fait proche, au contraire. Il ne leur dit pas : ‘Débrouillez-vous avec vos problèmes !’ Il ne cherche pas à connaître l’origine du mal. Il s’approche. Il délivre. Il libère. Il se place du côté de la victime, du malade, du pécheur. Il agit comme le médecin.

La pédagogie de Jésus, c’est de partir du réel, du vécu. Il ne part pas de la norme pour en mesurer l’écart. Il ne part pas de l’idéal. Il rejoint chacun où il en est. Il ne regarde pas que la maladie, le manque ou le péché, mais ce qui est bien, bon, le possible qui peut se déployer, ce qui peut grandir, ce qui a besoin d’être valorisé, soutenu, encouragé. Pour nous, c’est une invitation à dépasser le jugement sur l’autre, sur sa situation bancale, …

Contemplons le Christ regarder ces personnes qui vivent ces situations familiales difficiles. Contemplons le Christ qui nous regardent aussi, empêtrés dans ces situations, lui qui attend  de moi que je sois ce regard bienveillant, compatissant, amical, fraternel pour ceux qui en ont besoin.

Dt 18, 15-20 ; Ps 94 ; 1 Co 7, 32-35 ; Mc 1, 21-28

P. Olivier Joncour

4° Forum paroissial "Servons la Fraternité" : Regarder vers les autres : faire attention aux fragilités vécues par les personnes ... et le partager"

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