Entre fermeture et ouverture Homélie 20° dim TO A (17.08.2014)

Dimanche 17 août 2014 20° dim TO A St PP St EH Colombes

Entre fermeture et ouverture

Après la foi de Marie, la jeune juive qui représente ceux d’Israël qui ont reconnu en Jésus le Messie, l’Eglise nous fait découvrir la foi d’une femme anonyme, mère aussi, mais païenne, en qui Dieu a mis cette confiance que Jésus pourrait libérer sa fille du démon qui l’empêchait d’être elle-même et d’être libre. Pendant ses vacances, Jésus a du travail, écoutant les prières présentées à plusieurs, devant choisir entre fermeture et ouverture.

Les vacances de Jésus.

Carte de PalestinePour ceux qui n’ont pas la carte de la Palestine au temps de Jésus en tête, la région de Tyr et de Sidon, deux villes le long de la côte méditerranéenne, se situe au nord-ouest de la Galilée. Nous sommes donc en terre étrangère, qui plus est, marquée par l’idolâtrie (cf Dt 20,17). Une terre où le démon s’attaque aussi aux païens. Il tourmente la fille de la Cananéenne. Or, Jésus est parti à l’écart se reposer. Il ne souhaite pas se faire connaître. Il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. Donc, il ne fait rien.

Prière d’intercession pour les autres 

Dans un premier temps, Jésus fait le sourd. Il ne lui répond rien écrit l’évangéliste. Cela rejoint parfois notre expérience et notre propre constat : pourquoi ne répond-il pas à nos demandes et à nos prières ? Il nous invite à persévérer, à faire preuve de ténacité, à ne pas nous décourager, comme la mère. Pourquoi ? Car, Dieu n’est pas un robot qui répond automatiquement.

http://dimancheprochain.org/wp-content/uploads/2011/08/can%C3%A9enne2-300x246.jpgC’est la demande d’une mère pour sa fille. En demandant à Jésus de l’exaucer, ses disciples deviennent intercesseurs. Pour nous, aujourd’hui, n’avons-nous pas à unir nos prières de la mère Eglise pour les enfants malades, y compris pour ceux qui ne sont pas chrétiens ? Et la demande de cette croyante sera finalement exaucée. Non pas à cause de sa patience, ni de ses mérites, ni de son cœur de mère, mais à cause de sa grande foi.

Cette mère appelle Jésus trois fois ‘Seigneur’. Sans le savoir, elle reprend des expressions bibliques et des psaumes : aie pitié de moi ; viens à mon secours. Elle sait qu’il est juif lorsqu’elle l’interpelle par un ‘fils de David’. Avec son corps, elle marque un grand respect et une grande confiance : elle se prosterne devant lui. En l’appelant ‘femme’ comme 2 fois pour Marie à des moments clés de l’évangile de St Jean, lors des noces de Cana (2,4) et au pied de la croix (19,26b), Jésus ne voudrait-il pas nous indiquer un exemple à suivre : la foi de deux mères, l’une juive, l’autre non.

Fermeture ou ouverture ?

Jésus ferme le dialogue et délimite le terrain de la mission à Israël. Jésus la traite presque de voleuse en voulant prendre ce qui ne lui appartient pas, le pain destiné aux juifs : le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. La femme, au contraire, poursuit la discussion et fait bouger les frontières. Elle exprime sa faim, ce qu’elle a dans le cœur. Elle voit en Jésus la générosité de Dieu. http://pierregueroult.free.fr/images/Caneenne.jpgAlors que Jésus la compare à un petit chien, ce qui pourrait sembler méprisant, il y a aussi l’adjectif petit qui adoucit, qui apporte une forme de tendresse et de la bienveillance. La mère ne se sent pas humiliée, mais elle saisit la balle au bond. Justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. A la Samaritaine, Jésus avait rappelé que « le salut vient des Juifs » (Jn 4,22c). La mère corrige l’image : les petits chiens ne font que manger ce qui tombe par terre.

Sans être aussi explicite, c’est aussi ce que reçoivent indirectement bien de nos contemporains dans ce que l’Evangile a déjà transformé la société et nos vies, nos actes, nos paroles. Pensons par exemple à travers les siècles et encore aujourd’hui aux initiatives de disciples de Jésus qui ont bénéficié à des personnes qui ne le connaissent pas dans le domaine de l’aménagement du territoire avec les moines défricheurs, dans le domaine de la culture et le monde des idées avec de grands intellectuels dont les idées ont dépassé les frontières de l’Eglise, dans le domaine de la liberté religieuse lorsque les évêques du Concile Vatican II la demandent pour tous les hommes et pas seulement les disciples de Jésus, dans le domaine de la paix quand les papes demandent et encouragent des initiatives de réconciliation et soutiennent des artisans de paix, chrétiens ou non, pas seulement dans des pays où il y a des catholiques.

Reliez les 9 points avec 4 traits continusPour réussir, sortir du cadreEn conclusion, les disciples reçoivent plusieurs leçons : Jésus entend les demandes. Il revient sur son refus. Il écoute la femme et sait reconnaître ce qu’il y a de bon et de juste dans sa demande. Il guérit sa fille à distance. Il nous invite à sortir du cadre, de nos conditionnements et de nos schémas tous faits : quand Jésus parle dans la logique du peuple élu (cf Mt 10,6), la femme païenneSortir du cadre, elle, parle dans la logique de la grâce et de la foi, foi en Jésus, Sauveur de tous les hommes. C’est une invitation à la bienveillance par rapport à ceux qui viennent nous déranger, à ceux qui ne nous semblent pas intéressants, à ceux dont nous ne comprenons pas la question ou le point de vue immédiatement.

Is 56, 1.6-7 ; Ps 66 ; Rm 11, 13-15.29-32 ; Mt 15, 21-28

P. Olivier Joncour

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