Un Royaume en croissance confronté au mal Homélie 16° dimanche Temps ordinaire A (23.07.2017)

Dimanche 23 juillet 2017 16° dim TO A St EH St PP Colombes

Un Royaume en croissance confronté au mal

Plutôt que de faire une théorie trop abstraite, trop éthérée, avec le risque de ne pas être compris, Jésus utilise des images de la vie de son temps et connues de tous pour parler du Royaume des cieux. Après la parabole du semeur dimanche dernier, Jésus en raconte trois autres. Découvrons-les une par une.

Dans la parabole du bon grain et de l'ivraie, Jésus répond à la question de l'origine du mal. Alors que Dieu avait tout créé avec bonté, Jésus semble nous indiquer que, de même que nous sommes étonnés de la présence du mal dans la création, c’est aussi le cas pour Dieu.

Ce n'est qu'après la croissance du bon grain que l'ivraie pousse et pas l'inverse. Ce n’est pas Dieu qui en est à l’origine (cf J-M Garrigues Dieu sans idée du mal). Comme Jésus l’explique ; c’est l’ennemi qui a semé l’ivraie. Le mal n’est jamais loin du bien. Nous le savons par expérience. La mort n’est jamais loin de la vie.

Laissons à Dieu, au jour du jugement le soin de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie, entre le bien et le mal. C’est une exclusivité divine. C’est un privilège qui appartient à Dieu. Jésus le dit autrement dans l’histoire de la paille et de la poutre (Mt 7, 3-5), ou dans la parabole du jugement du dernier où le roi qui revient à la fin des temps sépare ceux qui ont aimé et fait du bien à ceux qui sont en situation de faiblesse ou de manque et ceux qui n’ont rien fait (Mt 25, 31-45). Jésus nous prévient. En présentant différentes hypothèses, nous ne pourrons pas lui dire : « Nous ne savions pas. Tu aurais dû nous mettre en garde. Tu aurais dû nous prévenir. Si j’avais su, j’aurais fait ce que tu demandes. » Il nous laisse le temps de préparer la terre, d’enlever les ronces et les pierres de la parabole du semeur pour en faire une terre qui portera beaucoup de fruits.

L'Esprit Saint dont parle Paul nous oriente vers Dieu et vers le vrai, le bien, la beauté. C'est là où la 2° lecture peut nous éclairer.

Attention cependant, une philosophie qui n’est pas compatible avec la foi chrétienne, le manichéisme, fait s’opposer et même se combattre un dieu du bien avec un dieu du mal : un combat entre deux dieux. Or, pour la foi chrétienne, il n'y a qu'un seul Dieu : un Dieu qui nous veut du bien, un Dieu qui nous permet d'accomplir le bien. Au contraire, l'ennemi, c'est un ange qui s'est rebellé contre son Créateur, une créature qui n'est pas Dieu, qu'on en parle comme d'un serpent (Gn 3), du diable (Mt 4), de l'adversaire ou d'un grand dragon (Ap 12).

la graine de moutarde est devenue un grand arbre où viennent nicher les oiseaux (parabole)

Dans la parabole de la graine de moutarde, Jésus explique le phénomène de la croissance du Royaume des cieux dans la création, mais aussi en tout être humain qui écoute la Parole de Dieu. La graine de moutarde a grandi et atteint une taille inimaginable par rapport à ce que n’importe qui aurait pu imaginer. Elle est devenue un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. L'arbre est vivant et accueillant à la diversité des oiseaux que nous sommes.

Là, à nouveau, l'Esprit Saint nous aide : quand nous laissons l'Esprit agir en nous, cela se voit à l'extérieur, notamment à travers ses fruits (cf Ga 5) que sont la joie qui grandit et se communique comme nous pouvons l'exprime la vision de notre paroisse "Osons vivre avec Jésus la joie de la rencontre" et l'expérimenter , la paix qui se fortifie à l'intérieur et dans nos relations, l'amour pour le Seigneur et les autres qui est en croissance. De tout petite, minuscule, elle prend racine puis grandit, se fortifie et mûrit.

Une femme met du levain dans sa pâte

Dans la troisième parabole, celle du levain dans la pâte, Jésus fait appel à une réalité connue des boulangers et de tous les pâtissiers professionnels ou amateurs : pour réaliser une pâte, il faut du temps, de la farine obtenue après le long travail du semeur, de la création, du moissonneur, puis du meunier, farine à laquelle on ajoute de l'eau et de la levure avant de laisser reposer. Il s'agit de laisser le temps faire. Il s'agit de ne rien faire. Apprendre à se laisser faire. Accepter de laisser le Seigneur agir en nous par sa Parole, par ses sacrements, par l'Esprit Saint. On ne peut pas faire l'économie de ce temps : c'est à cette condition seule que la pâte lève, toute seule, avant de garnir la tourte, la quiche ou la tarte, puis de tout mettre au four pour la cuisson.

Finalement, le point commun entre toutes ces paraboles, c’est que dans le Royaume des cieux, c’est Dieu qui agit en premier pour aider à faire grandir. Et cela ne peut pas se réaliser en dehors du temps.

Sg 12, 13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43

P. Olivier Joncour

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