Vu de Rome Homélie Nuit de Noël (24.12.2016)

Dimanche 24 décembre 2016 Nuit de Noël, St EH  Colombes

Vu de Rome

Voulez-vous être connus et laisser votre nom dans la grande histoire de l’humanité ? Si c’est le cas, que le Seigneur vous inspire un projet motivant et grand pour vous et les autres, comme ce fut le cas pour Marie et Joseph. César Auguste, empereur de RomeEn tous cas, l’empereur de Rome, Auguste, n’avait sûrement pas l’idée qu’en convoquant un recensement de toute la terre, son nom resterait à jamais associé à la naissance de Jésus, comme celui de Quirinius le gouverneur de Syrie. Par sa décision, il a obligé un couple de jeunes mariés inconnus à quitter leur village pour se rendre à Bethléem, le village du roi David dont Joseph était un descendant. Auguste n’avait donc aucune idée que son recensement allait entrer dans le plan du Dieu unique du petit peuple d’Israël alors que lui, comme romain, il avait à sa disposition une multitude de dieux avec chacun leur spécialité : le dieu de l’amour, le dieu du vent, le dieu de la guerre, ...

Marie et Joseph vers BethléemA Bethléem, personne n’attendait le jeune couple dont la femme est enceinte et même sur le point d’accoucher. Personne n’a voulu les accueillir parce que les maisons devaient être déjà bien pleines avec ces déplacements de population. Il reste que, avec Marie sa mère, et Joseph, Jésus a été inscrit dans les registres de l’humanité. Un homme parmi les hommes. Un juif de la descendance de Jessé, le père de David, un descendant d’Abraham par sa mère.

Auguste n’a sûrement jamais entendu parler de ce qui s’est passé cette nuit-là et que les chroniques locales n’ont pas retenu : un phénomène céleste visible et audible dans les environs : les anges chantent la gloire de Dieudes êtres célestes, avec des ailes qui chantent habituellement les louanges de leur Dieu se sont regroupé auprès d’un groupe d’hommes pauvres, insignifiants, dont on n’a pas gardé le nom, des pauvres de leur époque, des bergers qui gardaient leurs moutons, pour chanter : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Ce jour-là, ce n’était pas en français, ni en latin, sinon les soldats romains dans la région auraient compris et l’information serait remontée jusqu’à Auguste. C’était en hébreu et les bergers ont compris. Après Marie, Elisabeth sa cousine, et Joseph, ils sont les premiers à apprendre ce qui venait de se passer : un petit bébé attendu depuis des siècles était né : le Sauveur, le Christ, le Seigneur.

Pourtant, Jésus ne nous protège pas des catastrophes naturelles, ni des tremblements de terre, ni de la faim. Alors, pensez-vous que Dieu est avec vous, avec nous ? qu’Il est même pour vous, pour nous ? Notre vie changerait si non seulement nous en étions persuadés mais si nous vivions chaque jour avec cette idée au premier plan de notre conscience. Si nous attendons que Dieu retienne le bras des assassins alors qu’il ne l’a pas fait pour son Fils, alors qu’il le pouvait, c’est qu’il y a une raison ou plusieurs. Revisitons 5 essentiels de la vie chrétienne.

Au sujet de la prière : les anges qui chantent devant Dieu le Père décrochent quelques minutes de leur poste céleste pour aller chanter auprès des bergers des environs de Bethléem. Si nous attendons que Jésus obéisse à nos ordres, nous nous trompons. la prièreC’est en priant pour les autres, en remerciant qu’ils existent, en reconnaissant leurs dons et leurs talents sans en être jaloux, que notre vie change. C’est en priant pour les victimes de la barbarie, mais aussi pour la conversion des assassins, des terroristes, des violents, etc…

Pour le service : A Bethléem, il n’y a personne pour aider cette jeune femme qui accouche pour la 1° fois. Toutes les portes sont fermées, barricadées. Aujourd’hui, on a ajouté des digicodes. Si nous attendons que Jésus nous serve, si nous pensons que connaître Jésus peut rapporter gros, nous nous trompons. C’est en servant les autres comme il le fera au cours de son dernier repas (Jn 13) qu’il nous fait comprendre que sa royauté et son règne ne sont pas du même ordre que les tyrans.

En ce qui concerne la fraternité : Joseph est seul pour aider Marie à accoucher de son premier enfant, pas une femme, pas de maternité ni de service d’urgences. Si nous attendons que Jésus nous débarrasse de ceux qui sont différents de nous, de ceux qui ne nous aiment pas, etc, nous nous trompons. Nous oublions qu’il est venu pour tous, pour les justes et les pécheurs, pour les bien-portants et les malades, pour les cœurs ouverts et ceux fermés et endurcis, pour ceux qui sont extravertis et ceux qui timides et réservés, pour ceux qui l’accueilleront et ceux qui le rejetteront. C’est en vivant de façon fraternelle avec les autres, alors que certains, à la suite du serpent du jardin d’Eden (Gn 3), ont comme projet d’insinuer la méfiance de l’autre, de l’étranger, du réfugié, quand certains veulent opposer, diviser, cliver, le Conseil permanent des évêques de France nous rappellent l’importance de la fraternité de la devise de la République française dans leur texte « Dans un monde qui change, repenser le politique » (n°4).

Qu’en est-il de la formation ? St Paul a formé Tite pour qu’il devienne un responsable d’une communauté chrétienne, un leader pour qu’il forme à son tour d’autres disciples et d’autres meneurs. Si nous pensons que l’on peut continuer à croire en Dieu, en Jésus son Fils, mort et ressuscité, et en l’Esprit avec un niveau de catéchisme de CM2 ou de la profession de foi. nous nous trompons. C’est en se formant qu’on dépasse les banalités, qu’on cherche comment des croyants ont réagi dans une situation comparable. Jésus ne veut pas se substituer à nous tant que nous n’avons pas encore tout fait ce que nous pouvions avant de lui laisser la place pour agir si cela n’a rien donné. Se former nous oblige à penser à partir du Ciel, à partir de Dieu, à dépasser notre raisonnement humain. Y compris quand cela fait mal, y compris quand c’est douloureux, y compris quand cela résiste, y compris quand nous sommes dans le brouillard ou la nuit. Mais c’est dans les ténèbres que le peuple qui marchait a vu se lever une grande lumière.

Quant à l’évangélisation et au témoignage, c’est ce qu’a fait l’ange du Seigneur qui a prévenu les bergers. C’est même dans son être, puisque ange, en grec, veut dire messager. Si nous attendons que Jésus parle à notre place, nous nous trompons. C’est en témoignant que même d’un mal, Dieu peut en tirer un bien, que la vie d’hommes, de femmes et d’enfants peut être changée par une parole, par un dîner, par un livre qui leur permet de commencer à faire une vraie rencontre de Jésus.

Si nous venons à la messe, ce soir, pour trouver la paix en étant coupés du reste de notre vie qui est lourde, pesante, conflictuelle, en étant coupé de la violence, nous nous trompons. Le Prince de la Paix vient nous rejoindre pour nous faire porter un regard différent en sortant, en partant, pour trouver les raisons de vivre comme des artisans de paix, les motivations d’aimer ceux que nous avons du mal à comprendre… et le choix conscient mais fou, humainement, d’espérer retrouver le regard d’un jeune enfant qui a confiance dans les capacités humaines à pardonner, à avancer, à progresser, à tourner la page, à oublier et qui voit un avenir possible.

Ce soir, quel enfant est en train de naître en nous ? Ce soir, allons-nous vivre un Noël mondain ou un Noël chrétien ? Ce soir, comment allez-vous passer la soirée en sortant de l’église ? Chacun de votre côté, chacun sur son smartphone ou sa tablette ? Regardons ce que cela pourrait donner [cf vidéo ci-dessous].

Que voulez-vous vivre ce soir ? Qu’allez-vous choisir de vivre ? Préférez-vous restez chacun de votre côté ou plongez dans la crèche avec Marie, Joseph, l’âne, le bœuf, les bergers. Oserez-vous vivre avec Jésus la joie de la rencontre ?

Is 9, 1-6; Ps 95 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14

P. Olivier Joncour

les 5 essentiels

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